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"Comme beaucoup, je suis, aujourd'hui plus que jamais, convaincu de la nécessité urgente de changer de modèle"

Joël LABBE

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Discussion générale du projet de loi pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine, durable et accessible à tous

Joël Labbé, Sénateur du Morbihan, est intervenu dans la discussion générale du projet de loi "Egalim".

Donnant son "point de vue d'écologiste sur ce texte", il a déclaré : "Nous nous devons de préparer l'ère de l'après pesticides. Les pesticides chimiques, qui ont imprégné notre environnement et notre agriculture".

Ce faisant, il a fait part de sa déception quant aux modifications apportées sur ce projet de loi en commission des affaires économiques, ajoutant : "j'espère encore que les débats en séance permettront au moins de revenir au niveau d’exigence de l'Assemblée nationale".

Plus globalement, Joël Labbé a exposé sa conception de l'agriculture :

"Si j'étais Ministre de l'agriculture je proposerais :

  • tout d'abord, de mettre en place un plan réellement efficient de sortie des pesticides en soutenant fortement la conversion en bio.
  • mais aussi, d'encourager la polyculture élevage sur les territoires, avec des systèmes fourragers performants ;
  • de réintroduire des ceintures maraîchères autour des centres urbains ;
  • d'organiser une relocalisation massive de l'alimentation, via une généralisation des projets alimentaires territoriaux ;
  • Ensuite, d'orienter l'INRA vers un soutien aux alternatives vertueuses ;
  • d'agir activement, auprès de l'Union Européenne et de l'OMC, pour une régulation effective des marchés agricoles ;
  • De tout mettre en œuvre, enfin, pour assurer le renouvellement des générations et la formation des nouveaux agriculteurs"

INTERVENTION INTEGRALE

M. Joël Labbé. Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, je veux tout d'abord remercier le groupe RDSE de permettre une expression écologiste.

Sur ce texte, je vous donnerai mon point de vue d'écologiste. Comme beaucoup, je suis, aujourd'hui plus que jamais, convaincu de la nécessité urgente de changer de modèle. Nous devons préparer l'ère de l'après-pesticides.

Les pesticides chimiques, qui ont imprégné notre environnement et notre agriculture, ont un impact sur la santé humaine. On observe une recrudescence des maladies environnementales et un effondrement de la biodiversité, en particulier des colonies d'abeilles.

Mme Sylvie Goy-Chavent. C'est vrai !

M. Joël Labbé. Mes positions sur ce texte, qui ne se veulent ni idéologiques ni dogmatiques, s'appuient sur ces deux axes : le « non-pesticides » et la promotion des agricultures vertueuses – je pense à l'agroécologie, dont l'agriculture biologique est le fleuron.

J'ai été très déçu par l'examen du texte en commission des affaires économiques, mais j'espère encore que les débats en séance permettront au moins de revenir au niveau d'exigence de l'Assemblée nationale. Le retour en commission du 20 % de bio, ce matin, est un bon signe.

Dans cette affaire, la loi Labbé a été touchée ; je croyais que l'on ne devait pas faire de retour en arrière... J'espère que l'on reviendra sur ce point.

Cette loi ne suffira pas pour retrouver des perspectives pour l'agriculture et l'alimentation. Il faudra une véritable planification sur le moyen et le long terme.

Monsieur le ministre, si j'étais ministre de l'agriculture (Exclamations amusées sur des travées du groupe Les Républicains et du groupe Union Centriste.), je proposerais : de mettre en place un plan réellement efficient de sortie des pesticides en soutenant fortement la conversion en bio ; d'encourager le retour à la polyculture élevage sur les territoires, avec des systèmes fourragers performants ; de réintroduire des ceintures maraîchères autour des centres urbains ; d'organiser une relocalisation massive de l'alimentation via une généralisation des projets alimentaires territoriaux ; d'orienter l'Institut national de la recherche agronomique, l'INRA, vers une recherche active au service des alternatives vertueuses ; d'agir activement, auprès de l'Union européenne et de l'Organisation mondiale du commerce, l'OMC, pour une régulation effective des marchés agricoles et pour l'interdiction de la spéculation ; de tout mettre en œuvre, enfin, pour assurer le renouvellement des générations et la formation des nouveaux agriculteurs.

C'est véritablement un nouveau contrat de société que l'on doit mettre en place. Mais je ne suis pas ministre...C'est pour cela que je me permets de vous interpeller, monsieur le ministre, et que j'ai pu vous déranger, mes chers collègues, en annonçant dans une lettre ouverte que je demanderai à mon groupe de solliciter des scrutins publics sur des amendements qui me semblent clés.

Puisque je dois conclure, permettez-moi un moment de poésie grave. (Rires.) J'aime la poésie, mais je ne voudrais pas que l'on continue à évoluer vers des printemps de plus en plus silencieux. Notre responsabilité est de contribuer à offrir aux générations nouvelles des printemps joyeux et réenchantés ! (Applaudissements sur les travées du groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen et sur des travées du groupe socialiste et du groupe Union Centriste. – Mme Esther Benbassa applaudit également.)