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Déclaration du Président de la République devant le Congrès du Parlement à Versailles, suivie d'un débat

Jean-Claude REQUIER

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Intervention de Jean-Claude Requier

Le 9 juillet, le Parlement est réuni en Congrès, par décret du Président de la République du 18 juin 2018.

En application de l'article 18 de la Constitution, le Président de la République a fait une une déclaration devant les parlementaires, qui a donné lieu à un débat, hors sa présence.

Le Président Jean-Claude Requier est intervenu pour le groupe RDSE. retrouvez l'intégralité de son intervention :


Monsieur le Président du Congrès,

Monsieur le Président du Sénat,

Monsieur le Premier ministre,

Mesdames et Messieurs les membres du Gouvernement,

Mesdames et Messieurs les parlementaires,

Le Président de la République vient de présenter devant le Parlement la politique que le Gouvernement devra mettre en œuvre, sous l’autorité du Premier ministre. Qu’on le déplore ou qu’on s’en félicite, telle est la nature même de la Ve République, après 60 ans d’une évolution quasi darwinienne, qui lui aura permis de s’adapter sans cesse.

C’est aussi un usage nouveau de l’article 18 de la Constitution qui s’affirme sous nos yeux : celui où le chef de l’Etat s’adresse directement et régulièrement à la représentation nationale. Si selon nos institutions il n’a pas de comptes à nous rendre, car il n’a à le faire que devant le peuple, mon groupe, dans toute sa diversité, attache une grande importance à cette adresse solennelle aux élus de la Nation. Nous pouvons même parler d’un discours sur l’état de la République, traçant les perspectives sur lesquelles le législateur aura à se prononcer.

Dans cette optique, nous ne partageons pas le choix de certains élus de ne pas être présents aujourd’hui. Être parlementaire, c’est s’honorer de savoir débattre, ce qui relève de l’essence même de la démocratie représentative, a fortiori dans un bicamérisme équilibré.

Sans doute devrons-nous aussi tirer les conséquences de cette évolution de nos pratiques. Il est rare, dans nos démocraties libérales, que les membres du Parlement ne puissent s’exprimer ci-devant le chef de l’exécutif. Pour notre part, nous sommes favorables à ce que le chef de l’Etat prenne la parole devant le Congrès et écoute nos débats. Le dialogue entre pouvoir exécutif et pouvoir législatif, qui entre dans notre conception d’un parlementarisme moderne et équilibré, serait ainsi parachevé.

Mais ce qui nous rassemble aujourd’hui, c’est d’abord notre engagement indéfectible pour notre pays et nos concitoyens. Notre vision de l’avenir doit partir du réel. C’est encore plus vrai pour nous, sénateurs, qui sommes les représentants des collectivités locales, bien souvent élus locaux ou anciens élus, non cumul oblige, ancrés dans les territoires dont nous écoutons les respirations.

Le Président de la République vient de décrire le cap qu’il a fixé. Face aux décisions à prendre collectivement, je rappellerais ce que déclarait Pierre Mendès-France devant les députés le 3 juin 1953, lui dont le courage et l’abnégation constituent toujours des références : « Gouverner c’est choisir, si difficiles que soient les choix »

Oui, nous sommes face à des choix difficiles qui renvoient à notre responsabilité d’élus de la Nation. Ne nous dérobons pas ! Le chef de l’Etat l’a rappelé en filigrane : les défis que nous avons à relever s’inscrivent dans une époque complexe, traversée de mutations intenses et profondes, de dangers inédits qui mettent en tension notre cohésion.

Nous nous croyions à l’abri des turpitudes du monde mais le principe de réalité nous a rattrapés. Parfois au prix du tragique, hélas. Ce que nous prenions pour des certitudes est ébranlé, et je pense d’abord aux acquis de la construction européenne, que les populismes menacent de leur idéologie simpliste.

Pour notre groupe, qui soutient le projet européen jusque dans son nom même, il est urgent de remettre au cœur de nos actions la philosophie de Jean Monnet, à savoir que l’Europe ne coalise pas des Etats mais vise à unir des hommes. Peut-être nous sommes-nous trop éloignés de l’idéal européen ? Peut-être avons-nous aussi perdu au passage le consentement éclairé de nos concitoyens, étirant le lien de confiance ? Pourtant, n’oublions pas que l’Europe ne sera jamais la source de nos maux, mais au contraire le creuset du progrès.

Comme l’a rappelé le Président de la République, les crises auxquelles nous sommes confrontés ne trouveront a minima de réponse pérenne qu’au niveau européen : crise migratoire, lutte contre le terrorisme, relance économique, lutte contre le chômage et pour le progrès social, lutte contre le réchauffement climatique…

Le groupe du RDSE se retrouve bien sûr dans cette approche. Tout comme dans cette volonté de réformer, en décloisonnant les vieux clivages. Nous sommes fiers de faire vivre depuis longtemps la synthèse des principes inhérents à la République : l’humanisme, la liberté, la solidarité – qui ne lui est pas antagoniste -, ou encore la laïcité. En somme, un pont entre l’ancien et le nouveau monde !

En ces temps incertains, qui voit la République et ses valeurs être contestées par certains membres du corps social, certes de façon très minoritaire, nous serons intransigeants sur la défense de nos principes. Oui, il faut nommer et attaquer à la racine ce mal qui veut s’instiller, pour fissurer l’unité et l’indivisibilité de la République : la haine de l’autre, de la différence, de l’altérité, de l’universel. Une haine qui nourrit l’obscurantisme, le fanatisme religieux, et fait le lit du terrorisme. Comme le disait Edouard Herriot, « combattons la haine imbécile, l’immonde haine, qui n’a jamais rien su créer ». Faisons de la laïcité le premier rempart aux divisions de la Nation.

La meilleure réponse à y apporter, c’est de faire vivre nos principes républicains. A commencer par l’égalité réelle entre tous les citoyens. Nous savons combien cette tâche est complexe. Mais le Gouvernement s’y est attaqué :

D’abord dans l’éducation, pour permettre à nos enfants de devenir des citoyens éclairés, responsables et autonomes ;

Dans l’égalité des chances en matière d’accès à l’emploi, quelle que soit l’origine de chacun,

Dans lutte contre la pauvreté et la précarité ;

Dans la prévention et la répression de toutes les formes de discriminations, et notamment des inégalités entre les femmes et les hommes ;

Ou encore dans la lutte contre les fractures territoriales, afin que plus aucun territoire - urbain ou rural, métropole ou ville moyenne - ne se sente abandonné par l’Etat et écarté de la marche du progrès, qu’il soit économique, social, culturel ou numérique.

Rendre effective l’égalité comme réponse à la haine, voilà notre devoir en tant qu’élus. Nous savons que beaucoup a déjà été fait, et je tiens à le saluer. Bien sûr, il reste de nombreux chantiers. En l’occurrence, il ne s’agit pas de faire de la réforme une politique incantatoire qui retomberait comme un soufflet.

Soyons donc lucides : notre démocratie traverse depuis trop longtemps une crise de représentativité. Le lien entre citoyens et élus s’est dangereusement distendu. L’abstention n’a jamais été aussi haute. La réforme institutionnelle à venir ne peut être abstraite de ce contexte. Nous devons restaurer cette confiance.

Or, celle-ci ne se décrète pas. La réforme de nos institutions est certes nécessaire pour moderniser le fonctionnement de notre démocratie. Mais elle ne constitue pas une finalité en soi. Elle n’est qu’un outil, au service de nos concitoyens. Il importe donc de rendre la décision politique plus efficace, plus transparente et mieux comprise. C’est bien pourquoi il est essentiel que les territoires, dans leur diversité qui fait la France, soient justement représentés, que leur voix soit entendue.

C’est au Parlement qu’il revient d’incarner le creuset où ces voix se mêlent, débattent et délibèrent. C’est aussi au Parlement de porter ces voix, dans son dialogue institutionnel avec le pouvoir exécutif, qu’il s’agisse de faire la loi ou de contrôler l’action du Gouvernement. Voici donc comment notre groupe abordera cette réforme des institutions : dans la volonté de construire un équilibre des pouvoirs renouvelé et modernisé, où le Parlement exerce entièrement ses responsabilités. Je ne doute pas non plus que le Sénat en débattra, comme toujours, avec une attention particulière à l’approfondissement de notre Etat de droit. Telle est d’ailleurs l’une des vertus du bicamérisme équilibré, dans laquelle notre groupe se reconnaît.

Mes chers collègues,

On dit de nos compatriotes qu’ils sont parmi les plus pessimistes au monde. Notre pays dispose pourtant de d’atouts en si grand nombre, que nous devrions regarder l’avenir avec confiance. Tordons le cou aux clichés, surmontons nos inerties, et unissons nos volontés d’agir ! Le groupe du RDSE y prendra toute sa part, avec responsabilité et bienveillance, car comme le disait encore Herriot, « Dans une démocratie, il n’y a d’équilibre stable que par le mouvement ».