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Débat de politique étrangère

Jean-Michel BAYLET

M. le président. La parole est à M. Jean-Michel Baylet.

M. Jean-Michel Baylet. Monsieur le président, monsieur le ministre d'État, mes chers collègues, au regard du peu de temps qui m'est imparti, j'ai décidé de consacrer la totalité de mon intervention à la situation en Syrie.

Le président syrien a choisi de ne pas entendre les aspirations légitimes que son peuple exprime depuis plus d'un an. Pis, il a choisi la répression, dans sa forme la plus irrémédiable, celle de « crimes contre l'humanité ». C'est ainsi que le Conseil des droits de l'homme des Nations unies a qualifié à plusieurs reprises le déchaînement de violence orchestré par Bachar Al-Assad et ses partisans, qui a déjà coûté la vie à plus de 6 000 Syriens. Les derniers bombardements et massacres d'Homs en sont l'illustration tragique.

Monsieur le ministre d'État, vous l'avez dit, et vous avez eu raison, la France ne doit pas baisser les bras face au martyre syrien.

Certes, le rejet, pour la seconde fois, par Moscou et Pékin, d'un projet de résolution du Conseil de sécurité de l'ONU condamnant les violences en Syrie est un échec pour la diplomatie internationale, la position sino-russe devenant d'ailleurs irresponsable et intolérable au regard de l'ampleur des violences.

M. Roland Courteau. Exactement !

M. Jean-Michel Baylet. Mais nous savons aussi, mes chers collègues, combien la persévérance est payante. La gestion de la crise libyenne l'atteste.

C'est une évidence : il faut poursuivre les efforts entrepris depuis plusieurs mois par la communauté internationale pour parvenir à trouver rapidement une issue à ce drame.

Très sensibles au sort des Syriens et, d'une façon plus générale, très soucieux du respect des droits de l'homme, les radicaux de gauche souhaitent voir accentuer la pression, et notamment celle que vous exercez, monsieur le ministre d'État, sur le régime syrien.

Plus particulièrement, nous devons continuer à soutenir le plan de la Ligue arabe, sous réserve que celui-ci conserve ses fondamentaux quant à la recherche d'un règlement pacifique, qu'il faut persister à espérer.

À cet égard, les amendements proposés par les Russes tendaient, il faut bien le dire, à l'inverse, en particulier celui qui visait sournoisement à désarmer les opposants, qu'ils appellent, et c'est révélateur, les « bandes armées ». Disons-le clairement, il s'agit pour les Russes, ainsi que pour les Chinois, de laisser l'armée loyaliste écraser la rébellion.

M. Roland Courteau. Effectivement !

M. Jean-Michel Baylet. Cependant, sans chercher querelle, j'ajouterai que l'interprétation tout de même extensive de la résolution 1973 concernant la Libye a peut-être rendu les Russes méfiants à l'égard d'une intervention militaire qui, rappelons-le, ne visait pas la destitution du colonel Kadhafi.

Monsieur le ministre d'État, la position de la France est-elle clairement définie quant à l'avenir de Bachar Al-Assad ?

En tout cas, le dialogue doit se poursuivre au sein de la communauté internationale, car il faut agir vite. Comme vous le savez, la guerre civile gagne la Syrie dans sa totalité. Plus le bilan des victimes s'alourdira, plus les contestataires chercheront à venger leurs morts.

Bachar Al-Assad ne semble pas avoir mesuré la dimension sacrificielle des Syriens, en particulier des sunnites, prêts à tout pour se libérer de quatre décennies de domination du clan alaouite. Mais ce face à face est terrifiant pour la Syrie et son peuple.

Cette réalité doit donc nous inciter à renforcer les pressions sur le régime syrien, notamment sur le plan financier.

Le 23 janvier, l'Union européenne a adopté des sanctions supplémentaires, qui s'ajoutent à celles concernant l'embargo sur les armes et les importations de pétrole. C'est une bonne chose, à condition, bien sûr, que les décisions soient respectées. Je pense notamment à l'Iran, qui, en violation des résolutions 1747 et 1929 du Conseil de sécurité, aurait livré des armes au régime. La France doit donc rester attentive à toutes les implications régionales de la crise syrienne.

Mes chers collègues, les radicaux de gauche regrettent que le Président de la République ait reçu Bachar Al-Assad - comme il avait précédemment reçu le colonel Kadhafi -, avec tous les honneurs, lors du défilé du 14 juillet 2008. (Marques d'approbation sur les travées du groupe socialiste.)

Mme Catherine Tasca. Ça, il fallait tout de même le faire !

M. Jean-Michel Baylet. Nous voyons bien aujourd'hui qu'il s'agissait d'une faute grave.

Néanmoins, nous nous félicitons du rôle central que la France joue dans la lutte contre les exactions menées par un régime devenu fou et nous espérons que les Syriens, quelles que soient leur confession ou leur position sociale, se retrouvent autour d'un projet politique empreint de liberté, de justice et de fraternité. (Applaudissements sur certaines travées du RDSE, ainsi que sur les travées du groupe socialiste et du groupe CRC.)

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