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Débat sur la demande du Gouvernement tendant à autoriser la prolongation de l'intervention des forces armées en Libye

Jean-Marie BOCKEL

M. le président. La parole est à M. Jean-Marie Bockel.

M. Jean-Marie Bockel. Monsieur le président, monsieur le ministre d'État, monsieur le ministre, monsieur le secrétaire d'État, mes chers collègues, parce que l'enthousiasme de la population pour la révolution, si intense fût-il, n'a pas suffi à triompher de la supériorité militaire et du jusqu'au-boutisme de Kadhafi, il était urgent que la communauté internationale se mobilise. Elle l'a fait au titre du principe de la « responsabilité de protéger ».

À cet égard, je voudrais d'abord saluer non seulement la détermination du gouvernement français, mais aussi le volontarisme du premier ministre britannique : ces deux attitudes ont permis de dépasser les tergiversations des uns et des autres, et ce ne fut pas facile.

Le débat d'aujourd'hui en est l'illustration, la décision à prendre est forcément complexe, il faut peser le pour et le contre. Même si tout se passe bien, on sait à quel point la suite des événements sera difficile.

Je veux à cet égard souligner combien j'ai trouvé à la fois passionnante et pertinente l'analyse qu'a faite, tout à l'heure, notre collègue Monique Cerisier-ben Guiga : parce qu'elle connaît bien la situation, elle a su en montrer toute la complexité et faire comprendre toute la difficulté qu'il y a, à un moment donné, à décider ; cela ne l'a pas empêchée de s'engager dans une démarche de soutien.

Je salue cette capacité à assumer ses responsabilités dont fait montre la France, car c'est grâce à une telle attitude que l'on parvient, par la suite, à entraîner dans son sillage les pays qui, nous l'avons constaté, peuvent hésiter.

Nous avons, bien sûr, été confrontés à la position fragile de la Ligue arabe, aux réserves exprimées par les Allemands, les Russes, les Chinois. Les discussions ont été nombreuses. Des orateurs de diverses sensibilités politiques l'ont fait remarquer, mais je veux le dire à mon tour : sans tous ces efforts diplomatiques, les forces loyalistes, stationnées à l'époque aux portes de Benghazi, auraient déclenché le « bain de sang » promis par le clan Kadhafi.

En cette fin de débat, mes chers collègues, je rappellerai très brièvement les trois éléments qui m'amènent à voter, comme beaucoup d'entre nous, la prolongation de notre intervention en Libye.

Premièrement, tant que le conflit dure, c'est que l'objectif de la résolution 1973, à savoir la protection de la population civile, n'est pas encore totalement atteint. Nous avons pris la responsabilité d'aider les Libyens à se soustraire à un régime autoritaire. Ce n'est pas pour les abandonner aujourd'hui, alors que les rebelles progressent sur le terrain.

Deuxièmement, et ce n'est pas le moindre argument pour plaider en faveur de la continuité de l'intervention des forces françaises, après des semaines d'incertitudes, qui ont laissé craindre un enlisement, nous observons de nouveau une avancée des rebelles vers Tripoli. La politique de frappes aériennes conduite par l'OTAN, conjuguée au courage des insurgés, a fini par payer en faisant sauter plusieurs verrous stratégiques. À ce stade, la sécurisation de la Cyrénaïque et l'avancée en Tripolitaine pourraient permettre, nous l'espérons tous, de fédérer l'ensemble de ceux qui, aujourd'hui, luttent sur le terrain.

Troisièmement, enfin, sur le front diplomatique, la légitimité de la rébellion libyenne n'a cessé de croître.

La Chine, qui s'était abstenue, a reconnu, le 22 juin dernier, le Conseil national de transition comme un « interlocuteur important ».

L'Allemagne, après avoir privilégié une posture que de nombreux intervenants ont rappelée, a récemment répondu favorablement à la demande de l'OTAN s'agissant de la fourniture de matériels militaires.

Mes chers collègues, l'isolement croissant de Kadhafi sur la scène internationale démontre toute la pertinence de cette opération.

Par conséquent, pour ne pas répéter ce qui a été fort bien dit par les uns et les autres, et pour que nous puissions rester attentifs jusqu'au terme de ce débat intéressant et fort utile, je conclurai en insistant sur l'importance de voter la prolongation de l'intervention des forces françaises en Libye, car notre action, combinée à celle de nos alliées, pourrait être décisive dans les prochaines semaines. (Applaudissements sur certaines travées du RDSE, ainsi que sur les travées de l'Union centriste et de l'UMP.)


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