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Déclaration du Gouvernement sur l'accord européen relatif à la Grèce, suivie d'un débat et d'un vote sur cette déclaration, en l'application de l'article 50-1 de la Constitution

Jacques MEZARD

M. le président. La parole est à M. Jacques Mézard, pour le groupe du RDSE.

M. Jacques Mézard. Monsieur le président, messieurs les ministres, madame la secrétaire d'État, mes chers collègues, la question soumise à notre Haute Assemblée consiste à donner ou non quitus à la signature d'un accord dont on peut dire qu'il est une étape nécessaire, à défaut d'être historique, terme dont l'Histoire elle-même démontre qu'il convient d'user avec précaution.

Cet accord est une étape nécessaire pour éviter un saut dans l'inconnu, une sortie de la Grèce de l'euro, procédure inédite, non prévue institutionnellement et dont l'analyse des conséquences tant économiques que politiques ne saurait être réellement effectuée que postérieurement. D'ailleurs, ceux qui s'opposent à l'accord – leur opinion est respectable – ont des difficultés à exposer une solution concrète et réaliste permettant de résoudre le problème.

M. Antoine Lefèvre. Eh oui !

M. Jacques Mézard. À défaut d'être historique, l'accord a une nouvelle fois démontré que le couple franco-allemand était le socle de la construction européenne et que tout ce qui contribuait à le fragiliser était dangereux pour l'Europe.

Le rôle du Président de la République dans l'obtention de l'accord a été important, et salué comme tel ; vous voyez que je le reconnais, monsieur Guillaume. Nous nous en réjouissons. On peut d'ailleurs considérer que, loin du conflit franco-allemand que certains ont décrit, c'est une complémentarité qui est à retenir : une profonde expérience de l'art de la synthèse entre des propositions diamétralement opposées a sans nul doute facilité l'issue de la négociation.

Passé le « ouf » de soulagement poussé par les bourses européennes, le réveil est néanmoins difficile, et la surmédiatisation de la crise, en grande partie propagée par le Premier ministre grec lui-même, n'a rien arrangé. Les premières réactions de ce dernier, dès son retour à Athènes, attestent que l'accord n'est qu'une étape et que la crise grecque n'est pas terminée. La maladie n'a pas tué le patient, le médicament ne l'a pas encore sauvé.

M. Tsipras demande à son parlement de voter un accord auquel il ne croit pas, autrement dit une signature sous la contrainte, mais il n'est pas François Ier face à Charles Quint. Des années ont été perdues, tant par la Grèce que par l'Europe. Les pays qui respectent leurs engagements n'accepteront pas demain de contribuer une nouvelle fois.

M. Bruno Sido. C'est sûr !

M. Jacques Mézard. Cela étant, on ne saurait rester sourd aux interpellations du Fonds monétaire international, le FMI, qui conditionne sa participation au nouveau plan à un allégement, voire un effacement partiel de la dette grecque. Il faudra y parvenir, comme l'a justement relevé M. le ministre des affaires étrangères. C'est inéluctable. Mes chers collègues, l'Allemagne ne pourra ni ne devra oublier que, après chaque guerre mondiale, elle a bénéficié de la sollicitude forcée ou amicale de ses créanciers. (Exclamations sur les travées du groupe CRC.)

Mme Marie-Noëlle Lienemann. Exactement !

M. Jacques Mézard. Comment éluder le fait que le FMI constate une détérioration spectaculaire de la solvabilité de la dette grecque, qui approchera les 200 % de son PIB dans les deux ans, alors que l'accord prévoit simplement des mesures additionnelles d'allégement de la dette si Athènes tient ses engagements ? Or le FMI devrait participer au nouveau plan de financement de secours à la Grèce, qui s'élève à plus de 80 milliards d'euros, et ne peut normalement prêter de l'argent à un pays qui lui en doit.

Tout concourt à mettre en évidence que la dette grecque va encore engendrer bien des soubresauts politiques et économiques,…

M. Bruno Sido. Oh oui !

M. Jacques Mézard. … ainsi que des drames humains, conséquences tant des promesses démagogiques des gouvernements que de l'impéritie des banques, qui ont facilité ces promesses dans un objectif spéculatif, en passant ensuite l'ardoise de leurs errements non sanctionnés aux États et aux citoyens européens.

Mes chers collègues, je tiens à souligner, au moment où nous allons émettre un vote majoritairement favorable à l'accord, qu'il faut au moins que cette crise ait une vertu, que des leçons en soient tirées : sur les institutions européennes, avec un Parlement à vingt-huit sans aucun poids dans un débat concernant les dix-neuf de la zone euro, sur la gouvernance économique, qui ne se gère pas en un jour mais en direction de laquelle des pas peuvent et doivent être faits, et enfin sur le système bancaire.

Il est plus facile de gagner un référendum contre l'austérité que d'appeler ses concitoyens à la rigueur,…

M. Bruno Sido. Oh oui !

M. Jacques Mézard. … mais cela n'est aucunement une spécialité grecque ; nous pouvons y réfléchir sérieusement et, je l'espère, sereinement. En tout cas, dans l'instant et dans l'attente, notre groupe, à l'exception de notre excellent collègue Pierre-Yves Collombat, votera en faveur de l'accord présenté à nos suffrages. (Applaudissements sur les travées du RDSE et du groupe socialiste et républicain.)


Visualisez la vidéo sur le site du Sénat :

http://flvog.tdf-cdn.com/7325/VOD/gouvernement/2015/DG20150715-08-mezard-grece.flv
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