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Projet de loi de finances pour 2011 - mission "Action extérieure de l'Etat"

Aymeri de MONTESQUIOU

M. le président. La parole est à M. Aymeri de Montesquiou.

M. Aymeri de Montesquiou. Madame le ministre d'État, je soulignerai d'abord que vos fonctions antérieures de ministre de la défense, puis de l'intérieur, vous rendent les problèmes internationaux familiers.

« Cessez d'affaiblir le Quai d'Orsay ! » Cette injonction de deux anciens ministres des affaires étrangères compétents et respectés, MM. Alain Juppé et Hubert Védrine, ne peut pas être ignorée.

Votre budget, qui s'élève à 3 milliards d'euros, n'est pas substantiel. Faisons en sorte qu'il soit utilisé efficacement !

La recherche de performance, alliée aux contraintes budgétaires et au non-renouvellement des effectifs, est mise en œuvre de manière exemplaire et courageuse, car parfois humainement douloureuse, par le Quai d'Orsay.

Le comité interministériel des réseaux internationaux de l'État, le CORINTE, est un succès. L'ambassadeur coordonne enfin l'ensemble de l'action extérieure et lui donne sa cohérence.

Néanmoins, la rationalisation pourrait être plus audacieuse. Européen convaincu, j'appelle depuis des années à la mutualisation des services consulaires des pays de l'Union.

En effet, je crois à une citoyenneté européenne qui s'exprimerait à l'étranger par une représentation consulaire commune, au moins aux États de l'espace Schengen, et par la suppression des consulats au sein des pays de l'Union. Ces décisions seraient logiques, symboliques, économiques et d'autant plus légitimes que le service européen pour l'action extérieure, le SEAE, est en cours d'installation. Sous peu, Lady Ashton sera à la tête d'une diplomatie européenne forte de 3 000 agents, dirigée par Pierre Vimont.

Madame le ministre d'État, le droit communautaire prévaut sur le droit national. Qu'en est-il de l'action extérieure ? Quel équilibre de répartition des responsabilités et des tâches comptez-vous définir ?

Si nos collègues Adrien Gouteyron et Jean-Louis Carrère, dans leur rapport d'information, sont réservés sur les missions diplomatiques communes avec nos partenaires de l'Union européenne, ils relèvent 26 collaborations réussies en matière consulaire, 19 centres communs de réception de visas, 3 centres administratifs et 3 projets en cours.

Madame le ministre d'État, comptez-vous intensifier ce mouvement ? L'Allemagne est notre partenaire presque exclusif grâce à l'accord entré en vigueur en 2008. Qu'en est-il d'une collaboration avec d'autres pays de l'Union ?

Le redéploiement des effectifs, sur lequel j'insiste lors de chaque examen des crédits de cette mission, est indispensable et stratégique. Or les chiffres que j'ai lus cette année m'ont sidéré !

Quelque 19 % des agents expatriés sont déployés en Europe, c'est-à-dire chez nous - on en compte 154 en Allemagne et 148 en Belgique -, et 35 % le sont en Afrique, et même pas principalement dans les pays émergents. Pourquoi ? Mes chers collègues, comparez les effectifs : 207 agents au Sénégal, mais 160 en Chine ; 127 à Madagascar, mais 123 en Russie ; 83 au Burkina Faso, mais 110 en Inde ; 80 au Mali, mais 104 au Brésil !

Certains chiffres sont encore plus aberrants : 14 agents aux Seychelles, 14 à Sainte-Lucie, 10 à Trinité-et-Tobago, 10 aux Fidji, 8 à la Jamaïque, 27 à Maurice ! Le bronzage serait-il une obsession de notre diplomatie ? (Exclamations.)

Madame le ministre d'État, un budget exprime des choix stratégiques, une vision politique à long terme. Les chiffres étonnants sur la répartition des effectifs vous semblent-ils efficaces pour une action extérieure stratégique et ciblée vers des pays d'avenir ?

L'examen des crédits de l'action extérieure de l'État étant un « moment décisif où nous pouvons passer en revue objectifs, stratégies, modalités d'action, réformes en cours et critiques », je souhaite vous interroger sur quelques points qui me préoccupent : le retour de la France dans le commandement intégré de l'OTAN, le Moyen-Orient et l'Afghanistan.

Le retour de notre pays au sein du commandement intégré de l'OTAN avait provoqué de vives réactions. Certains n'y étaient pas favorables, mais y discernaient, comme moi-même, le moyen de mettre en place une défense européenne. Nous l'avons donc voté. Beaucoup de nos partenaires de l'Union n'en voyaient pas la nécessité, considérant cette défense européenne comme inutile en raison de leur appartenance à l'OTAN.

Le Président de la République avait conditionné le retour de notre pays dans l'OTAN au renforcement de la défense européenne. Où en est-on de ce point de vue ? (M. Jean-Louis Carrère s'esclaffe.) Quels sont les avantages de cette réintégration pour la France, hormis l'obtention de quelques postes ? Au final, n'avons-nous pas perdu une part d'autonomie de notre politique étrangère ?

M. Jean-Louis Carrère. Si !

M. Aymeri de Montesquiou. L'alliance avec les États-Unis dans ce cadre ne nous prive-t-elle pas d'une option alternative concertée ?

M. Jean-Louis Carrère. Si !

M. Aymeri de Montesquiou. Il semble de plus que les États-Unis soient toujours décisionnaires pour les grandes opérations (Mme le ministre d'État le conteste), par exemple pour les dates de retrait des troupes en Afghanistan, même si le sommet de Lisbonne prévoit une plus grande concertation.

M. Jean-Louis Carrère. Eh oui !

M. Aymeri de Montesquiou. Lors d'un déjeuner, j'interrogeais l'ambassadeur des États-Unis afin de savoir si son pays condamnerait un jour Israël pour une de ses atteintes répétées au droit international. Il ne m'a pas répondu.

Notre appartenance à l'OTAN amollie-t-elle nos positions au Moyen-Orient, héritées du général de Gaulle ? (Mme le ministre d'État fait un signe de dénégation.)

Le Président de la République, dans son discours à la Knesset, a exhorté Israël à adopter une politique plus conforme au droit international. Est-ce le cas ?

Au mois de janvier 2009, en réaction à des tirs de roquette, certes inacceptables, mais qui n'ont heureusement pas fait de morts, l'opération « Plomb durci » a fait 1 400 victimes, dont une majorité de civils. L'arraisonnement dans les eaux internationales de la flottille partie de Turquie a fait 9 morts. Toutes ces exactions provoquent haine et tensions avec le monde musulman.

Madame le ministre d'État, allez-vous proposer des mesures soulignant notre volonté qu'Israël respecte le droit international ou vous contenterez-vous de simples paroles ?

Je connais l'Afghanistan depuis 1994. J'ai vécu, en particulier, quinze jours chez le commandant Massoud durant l'été 2001. J'y suis retourné à plusieurs reprises après la chute des talibans. En 2002, on circulait à pied sans protection à Kaboul.

Mme Michèle Alliot-Marie, ministre d'État. Non !

M. Aymeri de Montesquiou. Si, madame le ministre d'État ! En 2002, on circulait à pied sans protection à Kaboul.

Mme Michèle Alliot-Marie, ministre d'État. À pied, oui, mais pas sans protection !

M. Aymeri de Montesquiou. Aujourd'hui - je m'y suis rendu deux fois cette année -, on ne se déplace plus qu'en convoi blindé. N'est-ce pas la démonstration que notre politique n'est pas la bonne ?

M. Jean-Louis Carrère. Si !

M. Aymeri de Montesquiou. Quelle nouvelle orientation comptez-vous lui donner ? Le chef d'Al-Qaïda liant la présence française en Afghanistan à la menace terroriste en France, nous devons expliquer notre action dans ce pays à nos compatriotes, qui, pouvant se sentir menacés, la comprendront et soutiendront nos sacrifices en connaissance de cause : le respect des droits fondamentaux, ainsi que la lutte contre la barbarie et le projet taliban visant à transformer en émirats les pays d'Asie centrale, une zone stratégique.

J'ai été interpelé dan un petit village par un vieil Afghan qui m'a dit en russe - il était donc instruit -, « вы тожэ ухлют », c'est-à-dire : « Vous aussi, vous partirez ».

M. Jean-Louis Carrère. Bien sûr !

M. Aymeri de Montesquiou. Sera-t-il prophète ?

L'importance de nos contributions internationales et notre participation aux opérations de maintien de la paix partout dans le monde prouvent que « rien de ce qui est humain ne nous est étranger ».

C'est la raison pour laquelle notre pays est toujours « une puissance d'influence mondiale ». Il le restera s'il opère des choix justes et visionnaires, s'il demeure vigilant sur l'adaptation et la modernisation de sa diplomatie et attentif aux personnels qui la composent. Dans cet esprit, madame le ministre d'État, je voterai les crédits de cette mission. (Applaudissements sur quelques travées de l'UMP.)

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