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Projet de loi de finances pour 2012 : mission "action extérieure de l'Etat"

Jean-Pierre CHEVENEMENT

Mme la présidente. La parole est à M. Jean-Pierre Chevènement.

M. Jean-Pierre Chevènement. Monsieur le ministre d'État, en juillet 2010, vous signiez avec Hubert Védrine une tribune dans le quotidien Le Monde, dénonçant l'amoindrissement des moyens du Quai d'Orsay. Hélas ! le budget que vous nous présentez s'inscrit dans la continuité.

La RGPP est passée par là. Je ne suis pourtant pas de ceux qui jugent indispensable l'accroissement sans fin des dépenses ou des effectifs et j'ai longtemps observé qu'en diplomatie, notamment multilatérale, peu d'hommes et de femmes déterminés travaillaient souvent plus efficacement et avec plus de bonheur que de gros bataillons.

Mais une préoccupation reste primordiale si l'on veut encore que notre action extérieure soit qualifiée de « française » : celle des moyens de notre présence culturelle. Que vive l'Institut français certes, mais que nous le dotions de capacités suffisantes, fût-ce au prix d'arbitrages ! Ce n'est pas le cas aujourd'hui. Je le regrette. Enfin, et c'est vital, tout simplement pour le maintien de notre pays sur la carte du monde, faisons venir en France des étudiants étrangers !

Mme Nathalie Goulet. Très bien !

M. Jean-Pierre Chevènement. Ranimons cette politique de bourses généreuse qui expliqua l'épanouissement de la francophonie,...

Mme Nathalie Goulet. Très bien !

M. Jean-Pierre Chevènement. ... temps aujourd'hui hélas ! en voie de disparition.

Je m'en voudrais, monsieur le ministre d'État, si je n'abordais pas en quelques mots la question de l'Europe.

La crise de la monnaie unique, vous le savez bien, est une crise politique, la crise d'une Europe qu'on a voulu faire en dehors des nations, en imposant à dix-sept pays très différents le carcan d'un mark bis.

Quel est l'enjeu de la négociation engagée entre Mme Merkel et M. Sarkozy. Que pouvez-vous nous en dire, monsieur le ministre d'État ?

M. Roland Courteau. Bonne question !

M. Jean-Pierre Chevènement. Au lieu de chercher à réconcilier l'Europe avec la croissance, vous évoquez une Europe fédérale, comme si la régulation budgétaire mise en œuvre de Bruxelles pouvait donner autre chose qu'un système coercitif, avec à la clé l'austérité à perpétuité et la récession.

Devant la régression et le désordre prévisible, si vous ne pouvez procéder aux réformes qui pourraient peut-être préserver la monnaie unique en vous adossant à la Banque centrale européenne, il est temps d'explorer les voies d'une transition aussi harmonieuse que possible. Je pense à la mutation de l'euro de monnaie unique en monnaie commune, afin de maintenir l'unité du marché européen.

Il est temps de refonder sur des bases réalistes, conformes à l'Histoire et aux aspirations des peuples, l'esprit et les mécanismes d'une entreprise de solidarité européenne évidemment nécessaire. Mais c'est un autre débat.

J'ai peu de temps, je conclurai sur deux considérations.

Tout d'abord, le rôle du Conseil de sécurité.

Monsieur le ministre d'État, vous êtes passé par le Conseil de sécurité et la résolution 1973 pour intervenir en Libye. Vous avez choisi d'utiliser la notion de responsabilité de protéger, mais vous en avez donné, monsieur le ministre d'État, une interprétation quelque peu extensive. Nous avons frôlé le droit à l'ingérence. Comment nier, en effet, que l'objectif a été celui de ce que les Anglo-Saxons appellent le « regime change » ?

Vous deviez protéger les civils, mais qu'en a-t-il été des civils de Syrte, par exemple ? Certains témoignages de journalistes ou d'ONG sont accablants. Il faut non pas persévérer dans cette voie, mais, au contraire, amener les régimes se réclamant des droits de l'homme, et que nous avons soutenus, à les appliquer tout simplement. Cela est vrai en Libye comme en Égypte, où l'on ne voit pas sans inquiétude les massacres de Coptes ou les incendies d'église.

La légitimité internationale repose, qu'on le veuille ou non, sur l'ONU. Acceptons-en les règles, si difficiles soient-elles. Ne cherchons pas à nous évader dans des G8 ou G20. Il faut rappeler que 174 pays sur 194 ne sont pas membres du G20 ; parmi les pays africains, seule l'Afrique du Sud y participe. Ne vous repliez pas sur ces cénacles composés de Happy few, de Beati possidentes, etc., qui se trouvent bien entre eux pour prendre en main, comme ils disent, la gouvernance du monde. (Applaudissements sur certaines travées du RDSE. - Mme Nathalie Goulet et M. Michel Billout applaudissent également.)

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