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Déba sur le thème : « La France peut-elle devenir un champion de l'énergie hydrogène ? »

M. Éric Gold, pour le groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen. Madame la présidente, madame la secrétaire d'État, mes chers collègues, l'hydrogène peut-il devenir l'énergie du futur ? L'une des énergies du futur : incontestablement.

Lors d'un débat similaire, organisé par la Haute Assemblée voilà près de deux ans, en février 2019, Nicolas Hulot avait lancé l'initiative et nous nous en félicitions. Qui, alors, aurait pu croire que c'est à l'aune d'une crise sanitaire et de ses impacts économiques que notre pays concrétiserait son engagement de mettre en place une véritable stratégie de développement du recours à l'hydrogène comme énergie alternative ?

Quelque 100 millions d'euros furent alors arrachés, dans la douleur, par l'ancien ministre de la transition écologique ; aujourd'hui, le plan de relance affiche une enveloppe de 2 milliards d'euros pour les deux années à venir. De quoi nous réjouir, certes, mais, comme le dit l'adage, il y a loin de la coupe aux lèvres et la réussite de notre conversion à l'hydrogène nécessite non seulement une ambition, mais également des préalables et des conditions de réussite.

L'ambition, c'est celle de développer une filière vertueuse, capable de placer notre pays en tête de la course qui s'est engagée pour la conquête du leadership dans le développement de l'hydrogène, face aux deux géants concurrents : la Chine et les États-Unis.

Faire émerger une filière, cela signifie créer les conditions pour que s'exprime la demande. Or, on le sait, pour le moment, le recours à l'hydrogène comme source d'énergie coûte cher. Il faut donc agir à grande échelle et impulser une massification de la demande, au travers des secteurs les plus consommateurs d'énergie : la mobilité et l'industrie. La conscience de la nécessité d'une transition énergétique est aujourd'hui largement partagée, mais il faut convaincre et, pour cela, il faut accompagner et garantir. J'y reviendrai.

Faire émerger une filière, cela signifie se donner les moyens de réussir, qu'il s'agisse de recherche et développement, d'innovation, de formation, mais encore et surtout d'investissement et de soutien aux acteurs. Or, ne nous y trompons pas, les écueils sont nombreux. La vigilance, tout autant que le sérieux, est de rigueur pour que cet eldorado ne se transforme pas en mirage ou en dangereuse bulle financière.

Cela exige aussi, disais-je en introduction, des préalables incontournables.

Tout d'abord, si la France veut être leader, elle ne peut y arriver seule, cela n'aurait aucun sens. Nos voisins européens souhaitent également jouer la carte de l'hydrogène ; je pense à l'Allemagne, avec ses 9 milliards d'euros sur cinq ans, à l'Espagne ou encore au Portugal, qui affiche une ambition similaire à la nôtre avec 7,2 milliards d'euros sur dix ans. Ces initiatives doivent nécessairement se faire en concertation et de manière coordonnée, afin que les investissements soient optimisés et résistent aux 16 milliards de dollars du rouleau compresseur chinois.

Il faut aussi que ces initiatives s'articulent avec la stratégie définie par la Commission européenne le 8 juillet dernier, au travers de son plan Hydrogène. Aux termes de ce plan, l'Europe souhaite que l'hydrogène représente, dans le mix énergétique, une part de 12 % à 14 %. Pour ce faire, et pour coordonner les actions des États membres et des industriels, l'Europe a souhaité se doter d'un outil de gouvernance spécifique : la Clean Hydrogen Alliance. C'est précisément là que se niche l'une des premières conditions de notre succès. Pour réussir, le projet français doit s'inscrire pleinement dans cette stratégie européenne.

Or des inquiétudes se font déjà jour. Notre hydrogène « bas carbone » sera majoritairement « nucléarisé », ce qui ne plaît pas à certains de nos partenaires européens, comme l'Allemagne, qui fait le choix d'un hydrogène strictement renouvelable, importé massivement de pays où la production de renouvelable est abondante et peu chère. La Commission semble privilégier une approche similaire ; il faudra donc veiller à ce que la France ne soit pas exclue des outils de politique publique ni des financements de l'Union européenne.

Cette divergence est d'autant plus préoccupante que la Commission semble vouloir imposer l'éligibilité de la production d'hydrogène à la taxonomie verte, un seuil d'émissions de gaz à effets de serre difficilement atteignable pour les producteurs français, en particulier ceux qui recourent au solaire ou à l'électricité.

Un second préalable consiste à appréhender cette question de la production d'hydrogène avec la plus grande clarté. Bien évidemment, l'hydrogène ne constituera une énergie totalement propre qu'à la condition que l'énergie utilisée pour le produire soit, elle aussi, issue de sources énergétiques propres. Tel serait le cas d'un hydrogène produit à partir du solaire ou de l'éolien, des solutions aujourd'hui très minoritaires par rapport à l'électricité ou au nucléaire.

Transparence et clarté, mais aussi priorisation. Il serait illusoire et même dangereux, de vouloir développer le recours à l'hydrogène dans tous les secteurs. La France fait le choix d'axer la conversion à l'hydrogène pour décarboner deux secteurs essentiels : l'industrie et la mobilité. Les applications à l'échelle des particuliers sont possibles, mais, d'une part, les coûts demeurent prohibitifs et, d'autre part, les évolutions technologiques permettant de les envisager en sont encore, pour la plupart, au stade expérimental.

En outre, il ne faudrait pas qu'un secteur vienne concurrencer l'autre, après les nombreux efforts déjà consentis, par exemple par les constructeurs automobiles, pour dynamiser la voiture électrique ou hybride.

Là encore, les conditions de la réussite doivent être créées. Ainsi, les efforts des industriels doivent être encouragés et récompensés. On le sait bien, tout changement d'importance doit être accompagné de mesures incitatives. En ce qui concerne les transports, notre pays fait le choix de concentrer son action sur les véhicules lourds et sur la transformation du transport de passagers et de marchandises. Pour les poids lourds, une prime à la conversion et une prime à l'acquisition seront mobilisées.

Le secteur ferroviaire se mobilise également, avec l'engagement de quatre régions dans l'achat de trains express régionaux (TER) circulant à l'hydrogène. Viendront ensuite les navires et l'aéronautique, l'objectif étant de produire un avion neutre en carbone en 2025.

Il s'agit donc d'une feuille de route dense, avec des objectifs d'envergure qui ne seront atteignables que si notre pays investit et s'investit dans le champ de l'innovation et dans la recherche et développement. C'est notamment l'objet, d'une part, de l'appel à projets « Briques technologiques et démonstrateurs » doté, jusqu'en 2023, de 350 millions d'euros pour l'amélioration des composants et systèmes liés à la production et au transport de l'hydrogène et, d'autre part, du programme prioritaire de recherche sur les applications de l'hydrogène, engageant 65 millions d'euros pour préparer la future génération des technologies de l'hydrogène, qu'il s'agisse des piles, du stockage ou encore des électrolyseurs.

En complément nécessaire au bouclage de cette filière vertueuse, un budget de 30 millions d'euros a été affecté à la création, en 2021, de campus des métiers et des qualifications pour drainer la formation et l'enseignement supérieur, afin que notre pays se dote des professionnels qualifiés capables de faire vivre cette industrie nouvelle.

Ainsi, sur le papier, tout est réuni pour que cette initiative soit un succès, mais, bien évidemment, des points de vigilance existent et ils sont loin d'être négligeables. J'ai évoqué l'un des principaux, l'articulation de notre stratégie avec celle de l'Europe. On peut citer également la création, souhaitée par le ministre de l'économie et espérée des acteurs du secteur, d'un conseil national de l'hydrogène, dont on attend encore la mise en place et sur l'agenda et la gouvernance duquel peu d'informations sont disponibles.

Il nous faudra être vigilants également sur le risque de bulle financière. Des milliards d'euros sont sur la table et ils aiguisent les appétits ; start-up et grands groupes se précipitent pour collecter les financements publics. Attention donc à la spéculation et aux opportunistes, qui vendent leur projet avant même d'avoir produit quoi que ce soit…

Attention, enfin, à la tentation de recourir de nouveau à l'externalisation. On le sait, les coûts de construction sont colossaux et, pour les accompagner, le prix du carbone devra être élevé, afin d'aiguiller les investissements, et le prix de l'électricité renouvelable devra être bas, afin de produire de l'hydrogène vert. Certains pays seront alors tentés de compléter le dispositif européen en construisant des dispositifs offshore, dans des pays où l'énergie renouvelable est abondante et peu chère, comme en Ukraine ou dans les pays d'Afrique du Nord, et en rapatriant ensuite l'hydrogène produit. Ces agissements compromettraient l'objectif de développement durable attaché à la production d'hydrogène. (Applaudissements sur les travées du groupe du RDSE. – Mme Viviane Artigalas applaudit également.)

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