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Débat sur la place de la stratégie vaccinale dans le dispositif de lutte contre l'épidémie de covid-19

 

M. Bernard Fialaire. Monsieur le président, mesdames, messieurs les ministres, mes chers collègues, je m'associe bien sûr aux vœux de bonne santé adressés par nos plus illustres représentants au Président de la République et au Premier ministre.

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]Dans le contexte d'angoisse, de sacrifice et de colère de nos concitoyens provoqué par cette crise sanitaire et économique inédite, une stratégie vaccinale claire et précise est nécessaire pour redonner confiance à nos concitoyens.

Alors que le Royaume-Uni a entamé, la semaine dernière, sa campagne de vaccination et que l'Allemagne a d'ores et déjà mis en place d'importants moyens logistiques, nous ne pouvions que nous interroger sur le retard de la France en la matière.

Il a fallu attendre le 30 novembre pour que la Haute Autorité de santé publie ses recommandations et permette au Gouvernement d'en dégager une doctrine, alors que l'avis du conseil scientifique du 9 juillet pressait le Gouvernement d'agir dans les plus brefs délais.

Dans ce contexte, monsieur le ministre de la santé, il devenait urgent que la France se dote d'une stratégie de vaccination nationale qui permette d'établir clairement les conditions d'approvisionnement, de stockage, d'allocation, de distribution et d'administration du vaccin.

Bien entendu, le déploiement de la vaccination doit viser en priorité les publics les plus vulnérables au virus et les plus susceptibles de développer des formes graves de la maladie.

Le déploiement en trois phases proposé par le Gouvernement est judicieux pour permettre un accès équitable aux vaccins des personnes selon leur âge, leur comorbidité ou leur exposition.

Néanmoins, le Gouvernement ne cesse de répéter qu'il a conduit une politique de préachat visant à sécuriser l'accès de la France aux vaccins en quantité suffisante.

La France disposera ainsi d'un potentiel de 200 millions de doses, ce qui permettrait de vacciner 100 millions de personnes, puisque le vaccin nécessite deux injections à quelques semaines d'intervalle.

Pour autant, quelle sera la chronologie précise de ces livraisons ? De quelles garanties disposons-nous sur les commandes d'un point de vue logistique ?

Nous pouvons nous inquiéter que, au pays de Pasteur, 61 % des citoyens aient annoncé, dans un récent sondage, n'avoir pas forcément l'intention de se faire vacciner. Ce chiffre édifiant repose en grande partie sur l'irresponsabilité dont quelques personnalités médiatiques ont fait montre en remettant en cause la crédibilité des discours scientifiques, ce qui alimente les fantasmes sur les futurs vaccins.

Que n'a-t-on entendu de la part de spécialistes divers et variés, qui inondaient les informations de leurs avis dans des domaines qu'ils ne maîtrisaient pas, comme la santé publique ? On peut être éminent virologue ou éminent réanimateur et dire des sottises sur l'attitude collective à adopter en réponse à une épidémie.

Néanmoins, ces inquiétudes sont légitimes en l'absence d'une information complète sur les vaccins, au regard de la rapidité de leur développement, malgré les autorisations délivrées par les agences sanitaires européennes. Nous n'avons pas de recul sur la nouvelle technologie que constitue l'ARN messager.

Les interrogations restent multiples sur les effets secondaires de ces vaccins, la durée de la protection qu'ils offrent, ou encore leur impact sur la transmission du virus. Il ne faut rien éluder et, parfois, reconnaître qu'on ne peut pas tout savoir.

La question de la confiance est centrale ; elle doit être au cœur de cette stratégie. Les Français doivent comprendre que se faire vacciner est un acte citoyen pour parvenir à nouveau à vivre en société. Cela passe nécessairement par une transparence des informations que les pouvoirs publics doivent délivrer, de façon nette et précise.

Dans cette perspective, le conseil d'orientation de la stratégie vaccinale, qui réunit experts scientifiques, professionnels de santé, représentants des collectivités locales et associations de patients, apparaît pertinent au regard de l'injonction de pédagogie et de clarté qu'exigent nos concitoyens. Il s'agit d'un acte fort en faveur de la démocratie sanitaire.

Le professeur Alain Fischer a ainsi rappelé hier matin, lors de son audition par notre commission des affaires sociales, que les avis de ce conseil allaient être rendus publics. L'effort d'information et de transparence doit être ambitieux, pour inciter les Français à se faire vacciner.

De même, je vous encourage à tabler au maximum sur une communication horizontale, plutôt que verticale, et à vous appuyer sur les relais importants que constituent les professionnels de santé et la société civile.

Je tiens également à saluer le choix annoncé par le Gouvernement de laisser la vaccination facultative et gratuite, mais surtout de placer le médecin généraliste au centre de cette campagne.

Les professionnels de santé seront en première ligne pour convaincre les patients du bienfait de cette vaccination. En effet, je le redis, seule la confiance pourra fonder le succès du déploiement de cette stratégie.

Toutefois, les médecins restent surchargés. Aussi serait-il pertinent d'ouvrir le plus tôt possible aux pharmaciens et au personnel infirmier la possibilité de vacciner, comme c'est le cas pour la vaccination contre la grippe saisonnière, vaccination dont on peut se réjouir qu'elle ait nettement progressé cette année.

Par ailleurs, il faut rappeler le succès de la coopération européenne en matière de stratégie vaccinale. La Commission européenne a ainsi engagé 2,7 milliards d'euros au sein de son instrument d'aide d'urgence pour financer les laboratoires les plus avancés dans leurs recherches. Cet investissement permet également de précommander des doses qui seront partagées entre les États membres selon des conditions tarifaires avantageuses.

Enfin, nous avons affaire à une pandémie ; elle ne pourra donc être combattue qu'à l'échelle internationale.

À cet égard, nous devons nous interroger sur la conception des vaccins comme biens communs universels, de manière à assurer un accès sûr, équitable et universel aux diagnostics, aux traitements et aux vaccins en faveur des pays les plus pauvres. Nous devons en effet refuser toute compétition mondiale où la règle serait celle du chacun pour soi.

L'initiative financière mondiale ACT a permis de mobiliser 2 milliards d'euros pour agir auprès des populations vulnérables et faciliter la recherche, ainsi que la diffusion du vaccin et des traitements.

Ces discussions sur la solidarité internationale doivent être approfondies. Quels pays seront aidés et selon quelle chronologie ? Des doses leur seront-elles réservées ?

Liberté de se faire vacciner ou non, égalité de l'accès au vaccin gratuit pour tous et fraternité envers celles et ceux qui n'ont pas la chance de vivre dans un pays développé et protecteur comme le nôtre : voilà les enjeux à considérer pour rester fiers de notre République.

En résumé, monsieur le ministre, transparence et communication claire, sans bureaucratie excessive dans la transmission des décisions : voilà ce qu'il faut pour redonner confiance dans nos chercheurs, nos médecins et nos décideurs politiques, dont j'espère que nous pourrons saluer a posteriori le courage et la pertinence des décisions ! (M. Jean-Claude Requier applaudit.)

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