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Débat sur le thème : "Education, jeunesse : quelles politiques ?"

M. Bernard Fialaire. Madame la présidente, madame la secrétaire d’État, mes chers collègues, si nous nous interrogeons aujourd’hui sur les politiques à mener pour l’éducation et la jeunesse, c’est bien parce que nous ressentons un malaise dans ce domaine.

Est-ce que l’éducation de la jeunesse est perçue comme la priorité dans notre société ? Dans un monde de perpétuelle indignation, de revendications de droits individuels, avons-nous gardé comme priorité le devoir collectif d’éduquer notre jeunesse ?

Un de mes grands regrets pour l’année 2020 est que nous n’ayons pas pu fêter dignement le 150e anniversaire de la République et en tirer les enseignements.

Cette IIIe République est née de la défaite de 1870 avec une dette de guerre, comme celle liée aujourd’hui à la lutte contre la pandémie. Sa naissance a été marquée par un mouvement social, la Commune, d’une ampleur autre que celui des « gilets jaunes »… Un grand nombre de compatriotes ne maîtrisaient pas le Français et parlaient leur patois. Les conditions sociales bien décrites par Zola, qu’il s’agisse de l’hygiène, de l’alcoolisme ou encore de l’inceste, étaient déplorables.

Et la République radicale, en faisant de l’éducation sa priorité avec l’école publique, laïque, gratuite et obligatoire, en formant une élite de la Nation, ces hussards noirs de la République envoyés dans chaque village et école, a su faire de la France, en une génération, un pays qui était en 1900 à l’avant-garde dans l’automobile, l’aviation, la chimie ou le cinéma…

Nous avons le même défi à relever aujourd’hui : voulons-nous vraiment faire à notre tour de la jeunesse et de l’éducation notre priorité ?

La richesse de notre pays est sa ressource humaine : le travail et l’intelligence de nos concitoyens. Alors, investissons, comme toute société responsable, dans notre production de richesse, dans nos ressources humaines, dans notre jeunesse.

Le constat est consternant : une évaluation des élèves en queue de classement européen, des enseignants dévalorisés et mal payés – 7 % de moins que la moyenne des pays de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), moitié moins que leurs collègues allemands.

En vingt-cinq ans, les élèves ont perdu l’équivalent d’une année scolaire, lorsqu’ils arrivent en classe de quatrième. Du CP au CM2, je suis allé à l’école cinq jours sur sept, mes enfants quatre jours. J’ai appris à compter : une journée de plus sur cinq ans représente une année scolaire supplémentaire !

Certes, nos enfants sont éveillés, mais ont-ils acquis les savoirs fondamentaux qui serviront de référence – de repère, pour reprendre un terme lacanien – à ceux qui ne peuvent pas se reposer suffisamment sur leur famille ? Ne craignons-nous pas de les éveiller en fait à une consommation numérique d’un savoir dispensé par les Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) ?

Franchement, le désengagement électoral de nos jeunes s’explique aussi par le manque de connaissances en histoire ; de telles connaissances leur permettraient de construire leur culture politique.

Devant le constat de tous ces manques, que proposons-nous ? On compense le manque d’activité physique par un Pass’Sport, le manque d’accès à la culture par un pass Culture, le manque d’esprit civique par un service national universel, etc. Autant de petits pansements sur une plaie trop béante !

Lors d’une réunion de la délégation sénatoriale à la prospective, un intervenant a proposé d’organiser une année de propédeutique avant les études supérieures pour combler le déficit en connaissances non acquises pendant la scolarité. Certaines écoles proposent d’ailleurs de réaliser le deuxième cycle du second degré en quatre ans avec l’acquisition d’un CAP, d’un BEP ou du baccalauréat. Autant d’innovations qui permettent à certains jeunes de toucher de la matière et de se structurer pour s’ouvrir à d’autres horizons.

On peut s’interroger aujourd’hui sur la nécessité d’une année supplémentaire à l’issue du secondaire afin de compléter l’enseignement par les notions de civisme, de laïcité, de secourisme, mais aussi par le code de la route pour combler cette grande injustice d’un permis de conduire trop cher pour certaines familles.

Il faut aider les collectivités locales à étoffer les activités périscolaires pour ne pas rejeter nos enfants trop vite hors des murs de l’école et pour éviter de les mettre entre les mains des réseaux sociaux, des jeux vidéo ou d’autres influences négatives.

Je n’aurai de cesse, pour ma part, de mener le combat pour une éducation qui apporte à notre jeunesse la liberté de conscience, lui assure l’égalité des chances et développe la fraternité. (MM. Jean-Pierre Corbisez et Franck Menonville applaudissent.)

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