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Débat, organisé à la demande de la délégation sénatoriale aux entreprises, sur les conclusions du rapport d'information intitulé Comment faire face aux difficultés de recrutement des entreprises dans le contexte de forte évolution des métiers ?

Dans le débat interactif, la parole est à M. Joël Labbé.

 

M. Joël Labbé. Je remercie la délégation sénatoriale aux entreprises d'avoir proposé ce débat sur une thématique importante. Le rapport d'information de nos collègues Michel Canevet et Guy-Dominique Kennel présente de nombreux axes de travail, s'agissant notamment du soutien à la formation et à l'apprentissage, du rôle de Pôle emploi et de la transmission des savoirs des seniors.

Nos collègues s'interrogent à juste titre sur l'insertion des jeunes diplômés. Si les solutions proposées sont là aussi intéressantes, je voudrais souligner une difficulté émergente, qui, selon moi, va s'accentuer fortement : le refus croissant des jeunes diplômés de travailler pour des entreprises ne correspondant pas à leurs valeurs en termes environnementaux et sociaux.

Voilà un an, des jeunes issus de grandes écoles, réunis au sein du collectif « Pour un réveil écologique », ont lancé un manifeste, signé par plus de 32 000 étudiants de grandes écoles s'engageant à refuser de rejoindre des entreprises polluantes. Cette initiative est révélatrice d'une tendance de fond : selon une étude de la Confédération des grandes écoles, 72 % des jeunes considèrent l'adéquation entre travail et valeurs comme un critère primordial de choix de leur métier.

Ce constat est partagé par les entreprises, qui font état, notamment dans l'industrie, l'agroalimentaire ou la chimie, de difficultés de recrutement liées à un déficit d'attractivité pour les jeunes diplômés en quête de sens dans leur travail.

Certes, il est pertinent d'adapter les compétences de la population aux entreprises, mais ne doit-on pas également inverser la logique, ou plutôt rétablir l'ordre des choses ? C'est aussi, voire surtout, aux entreprises de répondre aux aspirations sociétales et aux enjeux environnementaux. Ne convient-il pas de les accompagner et, comme les incitations ne suffisent pas, de les contraindre pour qu'elles prennent en compte les enjeux sociaux et environnementaux ?

M. le président. La parole est à Mme la ministre.

Mme Muriel Pénicaud, ministre. Monsieur le sénateur, la jeunesse a toujours contribué à faire bouger le monde et à accélérer les évolutions.

Il est vrai que, depuis plusieurs années, on constate chez les jeunes diplômés non pas un refus de la valeur travail, mais au contraire un investissement fort dans cette valeur, associé à une quête de sens et à une exigence, notamment en matière de cohérence sociale et environnementale.

Depuis que nous avons mis en place et rendu public l'index pour l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes, certains jeunes se détournent des sociétés où cette égalité n'est pas assurée. De même, de nombreux jeunes examinent la feuille de route environnementale d'une entreprise et sa cohérence avant de se porter candidats.

Certes, dans le contexte actuel de crise de l'emploi, ce phénomène sera peut-être atténué, provisoirement et en surface, mais je crois qu'il s'agit d'un fait de société. Il faut le prendre comme une chance. Dans cet esprit, à la demande du Président de la République, nous avons incité des entreprises inclusives et prêtes à s'engager à se réunir en clubs, partout sur le territoire, pour offrir d'autres perspectives en termes de valeurs. Depuis un an, plus de 6 000 entreprises, parmi lesquelles de nombreuses PME, ont rejoint cette démarche, « La France, une chance : les entreprises s'engagent ! » J'ai rencontré nombre de ces clubs : tous s'attachent à promouvoir des valeurs et, au-delà d'un job et d'une rémunération, un sens au travail proposé.

Certes, cela bouscule les entreprises, mais nous n'avons pas le choix, car évoluer vers un modèle d'entreprise à la fois économique, écologique et solidaire a du sens dans la société. D'ailleurs, dans le cadre du plan d'investissement dans les compétences, on constate un afflux de candidats vers les métiers porteurs de sens. Ainsi, en agriculture, de nombreux apprentis se tournent vers la filière bio. Cette tendance gagne peu à peu tous les secteurs. Le dispositif « Mon compte formation » fait apparaître la même appétence.

Oui, monsieur le sénateur, prenons le risque de la jeunesse : cela nous fera progresser !

M. le président. La parole est à M. Joël Labbé, pour la réplique.

M. Joël Labbé. En effet, madame la ministre, cette évolution est une chance. Malheureusement, les signaux envoyés ces derniers mois au travers des textes budgétaires rectificatifs et des plans d'aide décidés dans le cadre de la relance ne sont pas véritablement suffisants en termes de conditionnalité sociale et environnementale.

Nombreux sont celles et ceux, notamment dans les jeunes générations, qui veulent bâtir un « monde d'après » écologique et solidaire. Dans ce contexte, il y a une vraie opportunité à conditionner les aides à des engagements ambitieux et à amorcer des politiques de formation anticipant les transitions de nos sociétés. C'est ainsi que nous ferons face aux menaces liées au réchauffement climatique et à l'effondrement de la biodiversité !

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