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Débat sur : "l'intelligence artificielle : enjeux politiques, stratégiques et économiques"

M. le président. La parole est à M. Jean-Claude Requier, pour le groupe auteur de la demande.

 

M. Jean-Claude Requier, pour le groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen. Monsieur le président, monsieur le secrétaire d'État, mes chers collègues, pour conclure ce débat passionnant sur les enjeux politiques, économiques, mais aussi éthiques, de l'intelligence artificielle, je souhaite revenir sur les principaux points que nos échanges ont suscités.

Je me félicite tout d'abord de l'intérêt suscité par ce sujet d'actualité, proposé par le groupe du RDSE, qui concerne tous les acteurs et tous les territoires.

En introduction, mon collègue Yvon Collin, instigateur de ce débat, a bien insisté sur le développement spectaculaire des technologies d'intelligence artificielle dans le monde actuel. Il a souligné en particulier la place prépondérante des États-Unis et de la Chine, et – hélas ! – le retard européen en la matière.

Vous l'avez également souligné, monsieur le secrétaire d'État, nous vivons aujourd'hui à l'époque des algorithmes et des machines apprenantes. Si l'intelligence artificielle a été inventée au tournant de la Seconde Guerre mondiale, les changements se sont vraiment accélérés depuis vingt ans, à un rythme exponentiel, au point de donner parfois le vertige.

Cette révolution technologique tend à renforcer le clivage entre des zones urbaines hyperconnectées, qui ambitionnent de devenir des « villes intelligentes », et des territoires, souvent ruraux, qui, pour des raisons géographiques, économiques ou démographiques, restent en marge de cette transformation.

Pourtant, les territoires ruraux peuvent tirer un grand parti des applications de l'intelligence artificielle. Dans le domaine de la santé, ces technologies peuvent ainsi contribuer à faire des prédiagnostics à partir des données médicales des patients ou dans le cadre de consultations à distance, alors que la pénurie de médecins généralistes ne pourra être résolue que dans plusieurs années.

Les façons de travailler sont également en plein bouleversement, avec des conséquences qui pourraient profiter à des territoires éloignés des grands centres urbains et de tous les inconvénients qu'ils entraînent – surdensité, saturation des réseaux de transport, stress, pollution, voire troubles à l'ordre public… Nous touchons là à une question structurante de l'aménagement du territoire de demain, un sujet cher à notre groupe.

Le rapport Villani, cité plusieurs fois, contient des développements très intéressants sur l'agriculture augmentée, domaine dans lequel la France pourrait devenir un leader. À l'heure du changement climatique et de la remise en cause de notre modèle agricole, l'agriculture a grandement besoin de technologies de big data pour rester productive, tout en tenant compte des impératifs de protection de l'environnement et de la biodiversité.

Par exemple, un meilleur suivi des rendements ou des troupeaux permettra d'améliorer le bilan énergétique et d'optimiser l'utilisation d'intrants. L'intelligence artificielle pourrait même contribuer à faire émerger de nouveaux modèles de valeur et à améliorer le dialogue entre les agriculteurs et l'industrie agroalimentaire.

Ce potentiel d'innovation ne doit pas faire oublier les aspects plus préoccupants du développement de l'intelligence artificielle. Le livre récent du philosophe Gaspard Koenig, La Fin de l'individu, montre les risques de dépossession et de déresponsabilisation des individus lorsque nos vies seront entièrement façonnées par l'intelligence artificielle, ou encore les opportunités, mais aussi les dangers, liés à la police et à la justice prédictives.

Le cadre juridique établi en France, depuis la loi du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, et en Europe, avec le règlement général sur la protection des données, est très protecteur des données personnelles et de la vie privée, contrairement aux cadres américain et surtout chinois.

En revanche, l'Europe doit mobiliser beaucoup plus de moyens pour combler son retard technologique. Le 11 juillet dernier, la Commission européenne a annoncé un financement de 50 millions d'euros pour créer un réseau européen de recherche en intelligence artificielle, dans le cadre du programme Horizon 2020. C'est bien trop peu !

Monsieur le secrétaire d'État, vous avez évoqué la nécessité de constituer de solides équipes de recherche et de pouvoir les conserver en Europe. Dans des secteurs comme l'énergie, la santé ou les transports, nous disposons du savoir-faire et de la taille critique pour faire émerger des champions européens.

Je salue également les initiatives comme le projet de supercalculateur ou encore l'agence européenne pour l'innovation de rupture.

Vous avez mentionné la politique commerciale de l'Union européenne. On pourrait également penser à sa politique de concurrence, dont était chargée la commissaire Margrethe Vestager, qui empêche parfois de faire émerger des champions continentaux. Nous devons progresser sur ce point, afin de pouvoir réaliser « l'Airbus de l'intelligence artificielle », car nous ne pouvons nous résigner à laisser l'Europe à la traîne, s'agissant d'une question aussi fondamentale pour notre économie et pour notre souveraineté.

Permettez-moi de conclure mon propos avec une citation du cinéaste et humoriste américain, Woody Allen, selon lequel « l'intelligence artificielle se définit comme le contraire de la bêtise humaine »… (Sourires. – Applaudissements sur les travées du groupe du RDSE.)

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