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Débat sur le thème : « La crise du Covid-19 : relocalisation des productions stratégiques pour assurer notre souveraineté. Lesquelles, où, comment ? »

M. le président. La parole est à M. Joël Labbé.

 

M. Joël Labbé. Monsieur le président, madame la secrétaire d'État, mes chers collègues, je remercie tout d'abord le groupe Union Centriste d'avoir proposé ce débat sur un sujet dont la crise du Covid-19 a révélé toute la pertinence.

La relocalisation des productions était déjà présente dans le débat avant cette crise sanitaire, mais les récents événements ont agi comme un coup de projecteur sur nos vulnérabilités : pénurie de matériel médical, tensions d'approvisionnement sur les médicaments, tensions sur les intrants agricoles et la chaîne logistique dans l'agroalimentaire, tensions dans l'industrie... Le Covid-19 nous invite donc à penser la construction de notre indépendance dans de nombreux secteurs essentiels à la Nation. Avoir dans cet hémicycle un débat sur la relocalisation des productions stratégiques pour assurer notre souveraineté est fondamental.

Avant d'aborder la relocalisation des moyens de production, il convient de s'interroger sur le maintien des outils existants afin de préserver ces outils et d'éviter la poursuite des délocalisations : l'annonce de la fermeture possible de la Fonderie de Bretagne, filiale de Renault, près de Lorient, a créé une énorme et légitime crispation. Il est incompréhensible que cette usine qui emploie près de 380 personnes et dont l'outil de production est neuf et la qualité de production reconnue soit fermée au moment même où l'on se préoccupe de relocalisation et où la puissance publique soutient fortement le groupe Renault par de gros moyens financiers. Il en est de même pour trois autres filiales de Renault.

De manière générale, il convient de réfléchir collectivement aux conditions de la relocalisation. Comment garantir un retour en France des industries sans rentrer dans la course au moins-disant social et environnemental ? Comment garantir l'accessibilité aux plus pauvres des biens produits en France, qui seront, pour une grande partie, plus coûteux du fait de normes plus exigeantes ? Relocaliser signifie aussi penser nos politiques de lutte contre les inégalités.

Enfin, même s'il s'agit d'une réflexion à plus long terme, je pense que la souveraineté ne passe pas uniquement par une relocalisation de la production ou la constitution de stocks stratégiques : elle passe aussi par une réduction de nos besoins, donc de notre dépendance. Bien sûr, nous ne pouvons pas nous passer de médicaments, mais combien de maladies pourraient-elles être évitées grâce à une politique de santé axée sur la prévention ? En matière énergétique également, les gisements d'économies sont particulièrement importants.

Je me concentrerai maintenant sur le secteur de l'alimentation. S'il est une production stratégique, c'est bien celle-ci. La souveraineté alimentaire des territoires, dont on parle de plus en plus, passe par un certain nombre de ruptures.

Même si la France reste une puissance agricole, la vulnérabilité de notre modèle a également été mise en lumière pendant cette crise.

Notre groupe a d'ailleurs présenté, sur l'initiative de notre collègue Françoise Laborde, une proposition de résolution sur le lien entre résilience alimentaire des territoires et sécurité nationale. Les analyses de ce texte sur les tensions et les risques de rupture d'approvisionnement en cas de crise ont montré toute leur pertinence.

De plus, la crise du Covid-19 ne doit en aucun cas être séparée de l'urgence climatique qui pèse aussi grandement sur la résilience de notre modèle alimentaire.

Relocaliser l'agriculture, ce n'est surtout pas revenir sur nos exigences environnementales pour produire plus. Ce n'est pas poursuivre dans un modèle industriel, responsable de près d'un quart des émissions de gaz à effet de serre et participant également à l'effondrement de la biodiversité, à la déforestation, à la dégradation de la qualité des sols, de l'air, de l'eau. Ce n'est pas poursuivre un modèle qui, on le sait, détruit des emplois agricoles et la vie des territoires ruraux, via l'agrandissement sans fin des exploitations, un modèle qui génère de la détresse chez ceux qui parviennent, non sans peine, à se maintenir à flot.

La transition agricole et alimentaire est attendue par une partie grandissante de notre population ; elle passe à la fois par une relocalisation des productions et par une transition vers l'agroécologie, en vue d'assurer la souveraineté alimentaire des territoires.

Les solutions sont déjà amorcées localement via l'agriculture biologie diversifiée, qui approvisionne les circuits courts, mais de nouvelles filières doivent être organisées sur les territoires, pour garantir une autonomie à l'échelle locale. Les pistes sont nombreuses pour assurer cette souveraineté alimentaire des territoires. Je voudrais ici évoquer celles qui sont tirées du tout récent rapport produit par Les Greniers d'abondance.

Pour ce collectif de chercheurs, d'enseignants et de citoyens travaillant sur la résilience alimentaire, réussir la souveraineté alimentaire des territoires nécessitera d'augmenter la population agricole et le nombre de fermes, de préserver totalement les terres agricoles, de favoriser l'autonomie technique et énergétique des fermes, de diversifier les variétés cultivées, avec des semences adaptées aux terroirs, pour faire face aux crises qui nous attendent, d'adopter une gestion intégrée de la ressource en eau pour faire face aux menaces de sécheresse, de diversifier les productions pour satisfaire localement aux besoins de la population, de sortir, via l'agroécologie, de la dépendance aux pesticides, de développer des outils locaux de stockage et de transformation pour traiter localement la production, de simplifier la logistique et l'achat alimentaire pour réduire notre dépendance aux transports et à la grande distribution et nous alimenter en filières locales, d'adopter une alimentation plus végétale, de sortir de la spécialisation de l'agriculture des territoires, pour revenir au système polyculture-élevage et sortir de la dépendance aux engrais chimiques.

Ces principes devraient être appliqués sur l'ensemble de nos territoires, mais aussi sur l'ensemble de la planète. Ils n'impliquent bien sûr en aucun cas la fermeture aux échanges, mais ceux-ci doivent se réaliser dans le cadre d'un commerce juste et équitable, respectueux du droit fondamental à l'alimentation des populations, contrairement à la logique des accords de libre-échange.

Pour parvenir à la relocalisation de l'alimentation sur les territoires, un vaste plan est nécessaire avec des financements d'accompagnement à la transition agricole, à l'organisation des filières de proximité, mais aussi à la généralisation des projets alimentaires territoriaux, outils qui ont fait leur preuve pour l'ancrage territorial de l'alimentation. (Applaudissements sur les travées du groupe RDSE.)

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