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Débat sur le thème : « La perte de puissance économique de la France – notamment en termes de compétitivité, d'innovation et de recherche – et ses conséquences sur la situation sociale et le pouvoir d'achat. »

M. Henri Cabanel. Madame le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, le rejet de la première partie du projet de loi de finances nous a empêchés d'examiner certains crédits, comme ceux de la mission « Économie », du plan de relance ou encore des investissements d'avenirs. Le présent débat aurait alors trouvé toute sa place dans cette discussion et aurait pu se traduire en propositions d'amendements.

Le déclin économique de la France et ses inévitables conséquences sociales, dont le mouvement des gilets jaunes est l'exemple le plus prégnant de cette législature, est un vaste sujet. Les seules dernières années ne sauraient suffire à expliquer un phénomène qui s'étend sur plusieurs décennies et dont l'origine remonte à la fin des Trente Glorieuses, au milieu des années 1970.

Jusqu'à la fin des années 2000, la France occupait encore le quatrième ou cinquième rang des puissances économiques mondiales. Depuis une dizaine d'années, le déclassement semble s'être accéléré du fait des conséquences de la crise des années 2008 à 2010 en Europe et de l'émergence de nouveaux acteurs extra-européens, au premier rang desquels la Chine.

Il s'agit donc d'abord d'une perte de puissance relative. Nous sommes confrontés à l'affirmation d'autres puissances : poursuite du leadership technologique des États-Unis en ce début de XXIe siècle, dans des domaines comme le numérique, le spatial, les biotechnologies ; réaffirmation de la puissance allemande au cœur de l'Europe à la suite du grand élargissement de l'Union européenne vers l'Est ; et surtout, émergence spectaculaire de la Chine depuis deux décennies après son adhésion à l'Organisation mondiale du commerce (OMC), avec la construction de monopoles de fait dans la production de certains biens ou matériaux comme les terres rares. D'autres pays et régions du monde émergent en Asie, en Amérique latine ou encore au Moyen-Orient.

Nous assistons à une « désoccidentalisation » du monde comme conséquence ultime de la mondialisation, pour prendre le contrepied de l'expression de l'économiste Serge Latouche.

La mondialisation et la libéralisation des échanges ont eu des conséquences profondes sur la chaîne de production française. De pays exportateur net jusqu'au début des années 2000, nous sommes devenus massivement importateurs, à rebours de certains de nos voisins. Cette croissance, dite « fondée sur la consommation », se paye aujourd'hui comptant avec le renchérissement de produits énergétiques ou des matériaux de base, comme dans la construction, et un impact direct sur le pouvoir d'achat.

Le bouleversement économique lié à la pandémie n'a pas modifié cette réalité, alors que le déficit commercial s'est encore élevé à plus de 60 milliards d'euros en 2020. À l'inverse, la reprise de cette année et l'inflation qui s'ensuit révèlent les faiblesses de notre appareil productif et notre dépendance à l'extérieur.

Cela fait des années que certains experts ou responsables alertent sur la dégradation de la position économique de la France. Des efforts pour réhabiliter la production française auprès des consommateurs ont certes été réalisés – je pense, par exemple, au salon du made in France, qui s'est tenu voilà quelques jours à la porte de Versailles. Il faut reconnaître le caractère précurseur des idées défendues en son temps par l'ancien ministre de l'économie Arnaud Montebourg.

On voit aujourd'hui combien notre dépendance se paye cher. Il nous faut retrouver notre souveraineté industrielle, alimentaire, pharmaceutique, même si cela doit coûter un peu plus cher. Dans le même temps, il faut augmenter les salaires les plus bas et revoir la réglementation des marchés publics. La seule loi de l'offre et de la demande n'apporte pas de réponse satisfaisante dans bien des domaines comme la santé, l'éducation ou encore l'agriculture.

Il faut en profiter pour mettre en place à nos frontières des taxes carbone, afin de rééquilibrer nos échanges internationaux, ainsi que des exigences en matière de normes sociales et environnementales, ce que certains ont pu appeler le « juste échange ».

Enfin, nous avons intérêt à davantage produire chez nous, ou près de chez nous, afin de nous prémunir du risque géopolitique et contribuer à la réindustrialisation de nos territoires et au développement des pays les plus proches, comme, par exemple, ceux du Maghreb.

Il est impératif que la France et l'Europe réinvestissent massivement dans les secteurs d'avenir. Est-il toujours acceptable et sûr que la plupart de nos micro-processeurs proviennent de Taïwan ou encore que nos médicaments soient de plus en plus fabriqués en Inde ? Pour cela, il faut aussi réinvestir massivement dans la recherche publique, trop délaissée au cours des dernières années.

Si nous ne travaillons pas ensemble sur ces enjeux, notre positionnement sur l'échiquier international va nous échapper. Il est donc temps, pour les différents candidats à l'élection présidentielle, d'établir une feuille de route claire pour redonner confiance aux Français. (Applaudissements sur les travées du groupe RDSE – Mmes Marie-Noëlle Lienemann, Viviane Artigalas et Florence Blatrix Contat applaudissent également.)

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