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Déclaration du Gouvernement suivie d'un débat sur la fiscalité écologique et ses conséquences sur le pouvoir d'achat

Dans le débat, la parole est à M. Jean-Claude Requier, pour le groupe du RDSE.
M. Jean-Claude Requier. Monsieur le président, monsieur le Premier ministre, mesdames, messieurs les ministres, mes chers collègues, notre pays traverse l'un de ces moments de fièvre politique qui ont émaillé son histoire.

Nul ne saurait s'en réjouir, hormis ceux qui font toujours du tumulte, de la division et de la haine leur fonds de commerce électoraliste.
Alors que le peuple s'exprime avec force, parfois avec violence, il est de notre devoir d'élus d'en comprendre les raisons. Et d'y répondre avec sincérité et responsabilité, avant que les excès de fièvre ne cassent irrémédiablement le thermomètre de la démocratie. Cette réponse, justement, doit être d'abord politique. Et le Sénat doit y avoir toute sa place.
Toutefois, il y a, à notre sens, un préalable absolu : le maintien de l'ordre républicain. Les dérapages quasi factieux qui se sont déroulés la semaine dernière sont intolérables. Ils appellent une réponse ferme de la justice. Mon groupe salue l'engagement et le dévouement de nos forces de l'ordre sur l'ensemble du territoire national. (Applaudissements sur les travées du groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen et sur des travées du groupe La République En Marche. – M. Loïc Hervé et Mme Sophie Joissains applaudissent également.) J'insiste : force doit être donnée aux lois de la République et au respect de l'ordre public.
Monsieur le Premier ministre, nous le savons, nos démocraties occidentales subissent aujourd'hui la pression croissante de forces contradictoires qui veulent mettre à bas l'héritage des Lumières. Nous devons prendre très au sérieux ce qui se passe aux États-Unis, en Italie, en Pologne ou en Hongrie, pour ne citer que ces pays.
À cela s'ajoute la mutation de l'information, sous l'effet des réseaux sociaux et des chaînes d'information en continu.
Mme Françoise Laborde. Eh oui !
M. Jean-Claude Requier. Jamais l'information n'a circulé aussi vite. Jamais elle n'a subi autant de déformations. Jamais non plus elle n'a autant défié notre socle démocratique, avec des risques de surréactions de certains de nos concitoyens.
Pour autant, la crise que nous vivons ne ressemble à aucune autre, car elle se rattache à l'un des plus grands défis de l'humanité. À l'instar de l'immense majorité de nos concitoyens, mon groupe est convaincu depuis longtemps de la menace que fait peser le réchauffement climatique sur l'homme, ainsi que de l'urgence d'une transition écologique et énergétique. C'est aussi notre modèle de croissance qui doit être interrogé, tout comme la redistribution des richesses.
Mais sans doute cette transition appelle-t-elle aussi à imaginer cet avenir à l'échelle de nos concitoyens, afin qu'ils deviennent des acteurs pleinement conscients de cette transformation profonde.
Oui, le besoin de réformer est une évidence ! Néanmoins, réussir à réformer suppose d'user de pragmatisme et de simplicité. Dans le respect de chacun, l'écoute et l'attention, pour répondre aux besoins quotidiens.
Il est vrai que les revendications d'une grande partie des gilets jaunes sont hétéroclites, pour ne pas dire parfois contradictoires. On ne peut pas réclamer dans le même souffle la baisse des impôts et davantage de services publics. Mais il est certain qu'il faut donner l'attention nécessaire à ceux qui souffrent et veulent vivre dignement de leur travail ! En revanche, nous déplorons que la parole soit donnée sur des plateaux de télévision à ceux qui appellent à la sédition et au coup de force. (Mme Françoise Laborde approuve.)
Nous voyons encore dans cette crise le symptôme de la déconnexion qui s'est progressivement installée entre gouvernants et citoyens. La fiscalité écologique cédera la place demain à un autre sujet sans doute, car cette crise ne va pas se résoudre en quelques semaines.
Vous avez déjà annoncé un certain nombre de mesures, que nous considérons pour notre part comme nécessaires, mais insuffisantes : suppression de la hausse de la fiscalité des carburants – le Sénat l'a fait en premier –, gel de l'augmentation des prix du gaz et de l'électricité, suspension du nouveau contrôle technique automobile.
Vous souhaitez également lancer avec la Commission nationale du débat public un grand débat « national et local », « institutionnel et informel », selon des « formules de représentation innovantes », consacré aux grandes questions qui préoccupent les Français. Nous en prenons acte.
Mais nous notons surtout que le Sénat, et mon groupe en particulier, travaille sur ces questions depuis longtemps sans être dans la posture ou le tweet permanent. Nous cherchons d'abord à répondre aux besoins spécifiques des territoires, dans leur diversité. Non, tout le monde n'a pas vocation à créer une start-up ! Pas plus que le numérique ne doit devenir l'alpha et l'oméga de toute réforme. Pensez aux zones qui attendent encore la 1G, c'est-à-dire le téléphone portable ! (Sourires.) Cessons de ne donner la parole qu'aux financiers ! (Applaudissements sur les travées du groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen, ainsi que sur des travées du groupe Union Centriste et du groupe Les Républicains.)
Mon groupe a toujours privilégié le dialogue à la verticalité du pouvoir. Pour nous, l'empathie, c'est-à-dire le fait d'aimer les gens, est une méthode de gouvernement, sans doute parce que nous sommes tous élus locaux et que nous sommes fiers de l'être. (Applaudissements sur les travées du groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen, ainsi que sur des travées du groupe Union Centriste et du groupe Les Républicains. – M. Bernard Buis applaudit également.)
Il faut donc réhabiliter les corps intermédiaires : élus locaux, syndicats, monde associatif, eux qui sont en prise avec les forces vives de la Nation. Redonnons à leur voix toute sa vigueur !
Il faut aussi écouter ces Français qui subissent la fracture territoriale, laquelle s'amplifie depuis trop longtemps. Eux qui ont l'impression de ne même plus exister vu de Paris. Eux qui subissent le recul continu de l'accès aux services publics. Eux qui ont vécu l'instauration technocratique du 80 kilomètres à l'heure comme un oukase surréaliste. (Très bien ! et applaudissements sur les travées du groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen, du groupe Union Centriste et du groupe Les Républicains. – M. Vincent Éblé applaudit également.) Eux qui n'ont que leur voiture pour se déplacer et aller travailler. Dans le monde rural, on a plus besoin de voitures que de trottinettes électriques. (Applaudissements sur les travées du groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen, du groupe Union Centriste et du groupe Les Républicains.)
Il faut comprendre ces retraités à faibles revenus à qui l'on a brutalement annoncé qu'ils devraient changer leur chaudière à fioul, mais à qui aucune banque ne prêtera l'argent nécessaire. (Mme Brigitte Lherbier applaudit.)
Il faut encore, monsieur le Premier ministre, que la technostructure fasse montre d'un peu moins de certitudes et d'un peu plus d'humilité. (Applaudissements sur les travées du groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen, du groupe Les Indépendants – République et Territoires, du groupe Union Centriste et du groupe Les Républicains, ainsi que sur des travées du groupe socialiste et républicain et du groupe communiste républicain citoyen et écologiste.)
Nous constatons aujourd'hui les effets de décisions bureaucratiques complètement déconnectées des réalités. Aimer les gens n'est pas une incongruité ; c'est le devoir des personnes en responsabilité. (Très bien ! et applaudissements sur plusieurs travées.)
Vous l'aurez compris, nous appelons de nos vœux des mesures pragmatiques et simples, qui répondent aux problèmes de nos concitoyens et que ces derniers pourront immédiatement s'approprier : valorisation du travail, accès aux services publics, mobilités, fiscalité, protection sociale… Ces sujets mobilisent les Français, mais n'y répondons pas par une énième structure technocratique.
Les constats sont connus : allons au but ! Pour cela, vous pourrez toujours compter sur les élus locaux et les parlementaires, le Sénat en particulier.
Comme l'écrivait Pierre Mendès France, « la démocratie est d'abord un état d'esprit ». Le groupe du RDSE, dans toutes ses expressions, est fier de porter chaque jour cet état d'esprit ! (Bravo ! et applaudissements sur les travées du groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen, du groupe Les Indépendants – République et Territoires, du groupe Union Centriste et du groupe Les Républicains, ainsi que sur des travées du groupe socialiste et républicain.)

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