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Proposition de loi portant diverses dispositions relatives aux mentions et signes de la qualité et de l'origine valorisant les produits agricoles ou alimentaires

M. le président. La parole est à M. Joël Labbé.

 

 

M. Joël Labbé. Monsieur le président, monsieur le ministre, madame la présidente de la commission, madame, messieurs les rapporteurs, mes chers collègues, le sujet abordé dans cette proposition de loi est essentiel.
La bonne information du consommateur est nécessaire, à la fois pour répondre à une demande légitime de transparence sur l'origine et la fabrication des produits, mais aussi parce qu'il s'agit d'un réel levier pour changer les modes de production et évoluer vers des pratiques plus vertueuses. Les consommateurs sont de plus en plus nombreux à souhaiter, par leur acte d'achat, valoriser les producteurs qui s'engagent pour la qualité et pour le respect de l'environnement et de la biodiversité, les deux étant très liés.
La nécessité d'informer le consommateur avait d'ailleurs été clairement établie lors des États généraux de l'alimentation. C'est pourquoi les parlementaires ont enrichi par voie d'amendements la loi Égalim, laquelle faisait suite à des mois de consultation, et y ont introduit plusieurs articles sur ce sujet.
Toutefois, comme cela a déjà été indiqué, le Conseil constitutionnel a estimé que ces articles ne présentaient pas de lien, même indirect, avec le texte. J'ai été, pour ma part, sidéré – il n'y a pas d'autre mot – par cette décision. Comme je l'ai dit, la bonne information du consommateur et les mentions valorisantes sont des leviers indispensables de la transition de notre agriculture.
Je remercie donc Marie-Pierre Monier et le groupe socialiste et républicain de leur initiative, qui vise à réintroduire une partie des articles censurés par le Conseil constitutionnel, ceux qui portent sur les mentions et signes officiels d'identification de la qualité et de l'origine valorisant les produits agricoles.
C'est d'autant plus nécessaire que certaines mesures me paraissent urgentes, notamment l'étiquetage de l'origine des miels. En effet, nous connaissons tous les difficultés de nos apiculteurs, affectés par les fortes mortalités de leurs colonies, mais aussi par une concurrence qui paraît à bien des égards extrêmement déloyale. En effet, la France importerait près des trois quarts des miels qu'elle consomme. Et, nous le savons, certains pays pratiquant des prix extrêmement bas sont trop souvent épinglés pour des fraudes, comme l'ajout de sirop de sucre.
Dans ce contexte, le consommateur ne dispose même pas de l'information minimale, la pratique des mélanges de miels permettant jusqu'à présent d'échapper à l'obligation de mentionner l'origine du produit. Pour ma part, je trouve que le mélange de miels d'importation devrait être remis en cause en lui-même, car cette pratique est propice à la fraude.
L'étiquetage des pays d'origine est donc un minimum. Pour aller plus loin, je défendrai des amendements visant à prévoir l'affichage des pourcentages pour chaque origine.
En commission, on nous a opposé le droit européen, qui nous empêcherait d'adopter l'affichage du pourcentage. Or il est déjà pratiqué par la Grèce depuis 2011 et les Espagnols se préparent à l'adopter !
Par ailleurs, je suis convaincu que voter cette mesure aujourd'hui ne pourra que contribuer à accélérer un changement à l'échelon européen. La France doit être leader pour faire bouger l'Europe, parce que l'Europe doit bouger. Nous verrons plus tard la question des surtranspositions, mais, au final, c'est nous qui aurons raison. Nous allons tirer l'Europe vers le haut.
Une autre question me paraît urgente – elle aussi a été victime de la censure du Conseil constitutionnel. Je pense, et cela ne vous surprendra pas de ma part, à l'étiquetage des huîtres, selon qu'elles soient nées en mer ou en écloserie.
Ce sujet n'a pas été repris dans la proposition de loi, et je le regrette. Je défendrai donc encore une fois, avec force, un amendement en faveur de cet étiquetage. Je sais qu'il ne sera pas adopté, mais sachez qu'il finira par l'être dans quelque temps – je pourrais prendre les paris –, tant la demande et les enjeux sont forts.
Je proposerai également un amendement visant à aller plus loin s'agissant de la protection de la mention « fromage fermier. » En effet, cette mention doit pour moi rester attachée, comme c'est le cas aujourd'hui, aux fromages affinés à la ferme. Il s'agit d'éviter une banalisation de cette mention valorisante.
En nous appuyant sur la position des producteurs de fromages fermiers, nous proposerons qu'elle soit autorisée pour l'affinage à l'extérieur de la ferme seulement pour les mentions liées à l'origine, qui garantissent un véritable lien au terroir, et à condition que le nom du producteur soit indiqué sur l'étiquette.
La rédaction actuelle pourrait entraîner des dérives. On sait déjà que l'industrie, dont Lactalis, a racheté des structures d'affinage, afin de récupérer cette mention valorisante.
Pour finir, cette proposition de loi, qui vise à renforcer l'information du consommateur, va dans le bon sens : promouvoir, via l'information du consommateur, la qualité et le lien au terroir est vertueux. Toutefois, un risque d'appropriation par l'industrie pèse sur ces mentions valorisantes. Comme pour l'agriculture biologique, il faut défendre une forte exigence des mentions valorisantes, sous peine de pénaliser l'ensemble des filières.
Comme les autres membres de mon groupe, je voterai cette proposition de loi, qui, je le répète, va dans le bon sens.
Il est urgent de répondre à toutes les questions liées à l'origine de notre consommation alimentaire. Or, à écouter les uns et les autres, on n'a pas l'impression que la situation est urgente ! Il y a pourtant urgence climatique, en raison du dérèglement climatique, et urgence « biodiversitaire », parce qu'il y a une perte considérable de la biodiversité.
Il est donc vital d'accélérer la transition vers un nouveau modèle agricole, respectueux de la biodiversité, et de relocaliser l'alimentation, afin d'assurer la souveraineté alimentaire à l'échelle de la planète.
La mondialisation de l'alimentation est un non-sens dans le contexte d'un nécessaire processus de résilience collective ! (Applaudissements sur les travées du groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen, du groupe La République En Marche et du groupe communiste républicain citoyen et écologiste.)

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